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Prolongement de l’autoroute du nord : Bouaké est déjà connectée

Article Société  |  Posté le : 2022-04-04 14:52:06  |   Pays : Côte d'Ivoire     

​Plus de 40 ans après l’ouverture de la première section (Abidjan-Singrobo), longue de 140 kilomètres, la deuxième ville de Côte d’Ivoire est enfin atteinte par l’autoroute du Nord. Les travaux sont loin d’être achevés. Mais cette nouvelle route est depuis un certain temps une réalité sur toute la distance séparant la capitale du centre et Tiébissou située à 67 kilomètres.

L’Agence de gestion des routes (Ageroute), maître d’ouvrage délégué, signale qu’après 3 années de travaux, le chantier a atteint un taux d’exécution de 60%.

Concrètement, d’une manière générale, le terrassement des 96 Kilomètres d’autoroute est quasiment terminé. Des sections ont déjà reçu la première couche de bitume. Pendant que d’autres attendent la pose de la couche de concassé de granite.

En venant de Tiébissou, le premier contact visuel avec le chantier, c’est à une quinzaine de kilomètres environ de cette ville. Il s’agit d’un gros échangeur qui fait la jonction entre la Nationale 3 et l’autoroute en construction. L’ouvrage principal est presque terminé. Le passage de la nouvelle voie en dessous n’est pas encore fait.

L'aménagement du niveau supérieur qui est le passage futur de l’ancienne voie (la Nationale 3) n’est pas non plus prêt. Les usagers côtoient donc prudemment ce chantier situé sur la gauche en venant du sud.

Ce 3 mars 2022, il n’y a pas grand mouvement sur les lieux. Juste une chargeuse qui remplit des camions bennes de terre.

De part et d’autre du chantier, on remarque aussi que les ouvrages hydrauliques ne sont pas encore faits. Le terre-plein central n’est pas encore aménagé. Mais, à cet endroit de l’autoroute, les signes caractéristiques d’un bon niveau d’avancement d’un chantier routier sont visibles. A savoir les chaussées déjà couvertes des premières couches de bitume.

Mais les premiers travaux qui impressionnent pour le moment restent ceux relatifs à l’échangeur de Kongodékro (4 Km environ de Bouaké). L’ouvrage principal est en construction. Ce matin du 3 mars, les ouvriers sont occupés au ferraillage destiné à la réalisation du tablier.

C’est à ce niveau que le contournement du centre-ville démarre jusqu’au village de Yobouékro situé à 11Km de Bouaké, sur la route de Katiola. Les chaussées ont déjà reçu la première couche de bitume. Cela est observable sur la quasi-totalité de cette voie de contournement.

L’épaisseur du revêtement ne laisse pas indifférent. Un agent en poste non loin du carrefour Sakassou tient à faire remarquer la consistance de cette épaisseur. « C’est 80 cm depuis la surface du terrassement à la dernière couche », indique-t-il.

En parcourant cette nouvelle voie située à l’ouest de Bouaké, on remarque que les dalots ont été tous réalisés, les échangeurs sur les routes de Botro, Béoumi et Sakassou sont encore en travaux. Même si pour tous ces chantiers, les ouvrages principaux sont presque terminés.

A 6 Km au nord de l’échangeur en construction sur la route de Botro (35 Km de Bouaké), il y a un autre chantier d’échangeur. C’est celui qui aménage le croisement entre l’autoroute et le chemin de fer. C’est le premier et le seul contact entre les deux types de voie. La voie ferrée passe dans un vrai tunnel en dessous de l’autoroute. L’ouvrage est immense. Ce 4 mars 2022, aux environs de 10h, le chantier est très animé. Les techniciens préparent ici aussi le ferraillage de la vaste dalle du tablier.

Si les travaux de la plupart des échangeurs sur ce chantier d’autoroute sont avancés, ce n’est pas le cas de celui du village de Yobouékro (11 Km de Bouaké). Cet échangeur est la jonction entre l’autoroute et la Nationale A3 à la sortie nord de Bouaké. Les travaux sont au stade basique. Les engins procèdent au creusement des différentes voies.

Ici, il y a encore des travaux de décapage de la terre végétale sur environ 2 mille mètres. Quand plus loin, vers le village de Bamoro, le terrassement se poursuit. On le remarque par les tours d’arrosage du sol auxquels se livrent les camions citernes.

On l’aura compris. Les travaux du tronçon de l’autoroute Tiébissou-Bouaké ne s’arrêtent pas à l’entrée sud de Bouaké. Mais bien au-delà, sur la route de Katiola, en attendant de les poursuivre en direction de cette ville située à 45 Km.

L’incontournable pont de la rivière Kan

Le pont de Tiébissou sur la rivière Kan fait partie des ouvrages d’art les plus importants sur l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké. Le chantier est situé à environ 2Km de la ville, non loin de l’échangeur autoroute-route de Tiébissou.

Les travaux, qui ont atteint un taux d’exécution de 43% au 7 mars 2022, sont désormais évidents pour le profane. On y voit des blocs de granite disposés à l’arrivée des voies aux abords de la rivière.

L’emprise montre qu’il s’agit d’un ouvrage beaucoup plus grand que le vieux pont sur la même rivière, à quelques centaines de mètres. Les travaux se situent pour le moment au niveau des fondations.

Ce pont sera le passage obligé pour les usagers qui emprunteront l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké sans descendre sur la Nationale A3.

Des chantiers qui vont changer la capitale du centre

Bouaké, l’arrivée de l’autoroute rime avec un gros chantier de traversée de la ville. La voie principale qui est le prolongement de la Nationale A3 est en plein travaux d’élargissement de 2x2. Elle doit passer de 20 à 36 mètres avec un terre-plein central.

Le chantier part de l’échangeur de Kongodékro (5 Km de Bouaké) jusqu’au corridor nord de la ville. Les travaux battent leur plein. Une nouvelle voie a été créée pour dédoubler l’ancienne. Les travaux d’élargissement ont touché des maisons du village de Kongodékro. C’est une route beaucoup plus importante qui traverse désormais la forêt de tek pour atteindre le corridor sud de contrôle des forces de l’ordre.

Au niveau de ce corridor, les engins de l’entreprise chinoise China road bridge corporation (Crbc) sont à pied œuvre pour les travaux de base. La chaussée a été creusée de manière profonde par endroits. Il s’agit, explique-t-on, de refaire la base des nouvelles chaussées à construire. Un défi majeur, semble-t-il, s’est posé à l’élargissement de la voie. C’est la proximité des habitations avec l’emprise de la route.

Ça se remarque en regardant les pelleteuses creuser les tranchées destinées à accueillir les caniveaux. Les travaux se font de manière très rapprochée des maisons. La présence de tuyaux préfabriqués de drainage en béton indique que les conduites d’eau de pluie seront enterrées. Ce qui n’est pas le cas au centre-ville. Là-bas, ce sont les caniveaux ordinaires, qui certainement, seront couverts de dallettes à la livraison des travaux.

A partir de la gare routière, le travail paraît moins compliqué. L’emprise de la route est suffisamment dégagée jusqu’au corridor nord. Les travaux de pose de caniveaux sont quasiment terminés. Il reste maintenant à aménager les deux chaussées de 2x2 voies, le terreplein central et les trottoirs.

Faut-il le rappeler, c’est au premier trimestre de 2021 que les travaux préliminaires, constitués essentiellement de l’opération de déguerpissement des installations anarchiques et d’ouverture de l’emprise du chantier, ont démarré, suivis du creusement des tranchées par les pelleteuses.

En plus de cette coquette voie en devenir, les habitants de Bouaké attendent aussi une autre infrastructure importante qui avait été annoncée dans le cadre de l’élargissement de la Nationale A3 dans leur ville.

Il s’agit de la sous-composante aire de repos de 8 hectares au corridor nord. Au regard de tous ces aménagements routiers annoncés, nombre d’habitants de la capitale du centre sont convaincus que le visage de la ville va changer qualitativement non seulement, sur le plan esthétique, mais aussi sur le plan de la sécurité routière.

C’est la conviction de Traoré Massa Lamine qui tient une quincaillerie dans les environs de la gare routière. « La voie principale de Bouaké sera aussi belle que celle de Katiola. Surtout avec le nouvel éclairage public qui sera déployé », dit-il.

Les routiers se frottent déjà les mains

Yango Kouassi est chauffeur à la Compagnie de transport UTB. Il a entendu dire que les travaux de l’autoroute Yamoussoukro-Bouaké sont très avancés. Notamment la section Yamoussoukro-Tiébissou.

La nouvelle, dit-il, le « rend heureux », parce que l’autoroute apporte davantage de confort et fait baisser les risques d’accidents, surtout la nuit. « Les accrochages sont plus faciles à éviter. Parce que sur une autoroute, on roule sur de grandes voies séparées », dit-il, assis au volant de son mastodonte à la gare de Yopougon, ce 16 mars 2022.

Il est conscient que l’autoroute conduit nombre d’usagers de la route à faire des excès de vitesse. Mais, il s’empresse de préciser que dans l’entreprise où il travaille, ce problème ne se pose pas. Parce que les autobus sont équipés de limiteurs de vitesse qui les bloquent à 90 Km à l’heure.

Son jeune collègue, Djê Kouamé Bertrand, recruté, il y a seulement 3 mois, est particulièrement content d’arriver dans le métier au moment où la livraison de l’autoroute jusqu’à Bouaké est imminente. Lui, il redoute surtout « les gros camions qui constituent le plus gros problème sur les routes ». Grâce à l’autoroute, « il y a moins de problèmes avec eux », explique-t-il.

Quant au problème de l’excès de vitesse, Coulibaly Bédja Noël, chauffeur routier à la société internationale de logistique, pense plutôt qu’il s’agit d’un problème de formation. Car, « un chauffeur non formé est un danger ». C’est pour cela qu’il salue les responsables de l’entreprise à laquelle il appartient. « Nous recevons régulièrement des formations (...) », dit-il.

Concernant la bonne nouvelle relative au chantier de l’autoroute qui « avance désormais à grands pas », le bonheur de Coulibaly Bédja Noël est lié au fait que l’ouverture à la circulation va accroître la ponctualité dans la livraison des marchandises. Notamment, le ciment.

Aussi souhaite-t-il que le gouvernement accélère le prolongement de l’autoroute jusqu’à la frontière nord. « Cela va énormément faciliter l’approvisionnement de l’arrière-pays en marchandises », soutient-il.

Source : fratmat.info