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Football ivoirien: Les salaires des joueurs et encadreurs

Article Sports  |  Posté le : 12 Mars 2019 à 09:11:24  |   Pays : Côte d'Ivoire     

​Le traitement des athlètes et des techniciens dans le championnat a constitué depuis plusieurs années un mystère dans le football ivoirien.

Bien loin des sommes faramineuses que perçoivent les footballeurs en Europe, et même dans certains pays du continent africain, notamment au Maghreb, en Afrique du Sud, les salaires des joueurs du championnat de Côte d’Ivoire sont quasiment inconnus du grand public.

Dirigeants et joueurs préfèrent le plus souvent garder le secret de leur deal financier. « Cela crée trop de supputations et des problèmes parfois. Pourtant tout le monde ne peut pas avoir le même salaire », explique Mamadou Dia, président du Limane Yacouba Sylla football club de Sassandra (Lys).

Depuis quelques années, cependant, les langues se délient de plus en plus. Soucieuse de l’amélioration des conditions de vie et du traitement des joueurs, la Fédération ivoirienne de football (Fif) incite les clubs à établir des contrats en bonne et due forme pour les joueurs, dont une copie est déposée à la Fif.

Les dirigeants sont désormais moins réticents à évoquer ce sujet. Grâce à la collaboration de quelques-uns d’entre eux et des personnes bien introduites dans le milieu du football ivoirien, on a pu se faire une idée des salaires et des primes payés aux joueurs et entraîneurs de la Ligue 1, cette saison.

Dans cette bataille des chiffres, tout le monde n’est évidemment pas logé à la même enseigne. Il y a bien sûr les plus gros salaires et les salaires les plus bas, en fonction des moyens dont dispose chaque club.

De façon générale, les salaires de la Ligue 1 en Côte d’Ivoire oscillent entre 100 et 350 000 Fcfa. Certaines exceptions vont jusqu’à 500 voire 650 000 Fcfa. Pour les plus élevés. Mais il existe des clubs qui paient en deçà de 100.000 Fcfa.

L’Asec au-dessus du lot

Club le plus titré et le plus structuré de Côte d’Ivoire, et modèle du genre sur le continent africain, l’Asec, dispose actuellement des plus gros salaires de la Ligue1 ivoirienne. Si nos tentatives d’approcher les dirigeants sur la question sont restées vaines, des personnes proches du club ont accepté de nous dévoiler quelques secrets de Sol Béni.

Ce qu’on retient, c’est que chez les Mimos, on ne paye pas moins de 300. 000 Fcfa aux joueurs professionnels. « Il existe deux catégories de joueurs chez nous, il y a les professionnels et ceux qui viennent de la réserve. Ils n’ont pas le même statut », a indiqué notre interlocuteur. Des salaires qui vont jusqu’à 650 000 Fcfa pour les plus élevés.

Dans cette vague, on retrouve bien sûr des internationaux, dont le Burkinabè Amed Touré, recruté au Ghana il y a maintenant deux saisons, et le défenseur Patrick Malo. Les anciens du club tel que le capitaine Cissé Abdoul Karim, sont les mieux nantis. Autre exemple, Bagaté Salif, l’ex-buteur de Bouaké Fc qui s’est engagé pour deux ans et demi avec les Jaune et noir émarge pour l’instant à 350 000 Fcfa. Mais son salaire devait grimper rapidement à 400 000 Fcfa la saison prochaine, selon les clauses de son contrat.

Au niveau des primes de match également, les champions en titre font la différence, avec des bonus à la victoire de 100 000 Fcfa. « Ils peuvent grimper jusqu’à 200 000 Fcfa, selon l’importance et l’enjeu de la rencontre. La prime était récemment à 150 000 Fcfa pour la rencontre de la 18e journée contre l’Afad », a ajouté notre informateur.

Même s’il ne dispose pas des mêmes moyens que l’Asec Mimosas, le Fc San Pedro fait partie également des clubs qui payent bien en Ligue 1. L’homme d’affaires tunisien, Mohamed Hachicha, a de grands projets pour le club dans lequel il dit avoir investi près d’un milliard la saison dernière.

« Depuis que j’ai pris cette équipe, je me suis engagé à donner de bons salaires aux joueurs. J’estime qu’un joueur qui évolue en Ligue 1 est professionnel. Il mérite donc un salaire d’un footballeur professionnel. C’est vrai que certains dirigeants nous font beaucoup de reproches pour cela. Mais nous essayons de recruter de bons joueurs et leur donner le salaire qu’ils méritent. Aussi ne sommes-nous pas loin d’un club comme l’Asec qui paye bien ses joueurs », a-t-il déclaré.

Chez les Portuaires, les salaires sont dans l’intervalle de 150 à 500 000 Fcfa. Des joueurs tels que le capitaine Ousmane Ouattara, Oussou Konan, Zouzou Carlos, Gariba Mohamed et autres, sont les plus nantis. Ce dernier, selon un de nos informateurs, devait percevoir pour sa première saison 350 000 Fcfa.

Les Portuaires sont en train de surclasser dans ce domaine l’As Tanda qui, il y a deux saisons, défiait l’Asec au niveau des salaires. « Les plus gros salaires du club sont partis », explique un technicien ivoirien qui a exercé comme entraîneur dans plusieurs clubs de Ligue 1. Le président du club, Yéboua Cévérin, principal financier du club, marque quelque peu le pas avec des salaires moins élevés mais qui figurent parmi les meilleurs. « Ils partent de 200 à 400 000 Fcfa », précise, un proche du club.

Les salaires moyens

L’Africa Sports, l’un des clubs les plus populaires et le deuxième le plus titré de Côte d’Ivoire, traverse, à l’instar de plusieurs équipes ivoiriennes, des difficultés financières. « Nous payons des salaires compris entre 200 et 350 000 Fcfa. C’est en fonction du talent et de l’ancienneté du joueur », indique Serge Dogba, chargé de communication et de marketing du club.

Le salaire des joueurs est évolutif. « Si nous constatons que le joueur, par son rendement, est indispensable, on peut proroger son contrat en engageant des discussions ». Chez les Vert et rouge, les primes de victoire sont passées depuis quelque temps de 30 000 Fcfa à 50 000 Fcfa. Il peut augmenter cependant, en fonction des objectifs.

Au Sporting club de Gagnoa, le président Yssouf Diabaté avait mis le cap assez haut, il y a deux saisons. Il avait engagé beaucoup moyens en recrutant des joueurs expérimentés dont Togui Mel, qui a terminé meilleur buteur de la saison l’année dernière. Mais depuis, il est revenu à des proportions salariales plus modestes en se libérant de certains gros salaires. N’empêche que sous le fromager, les joueurs ne sont pas les moins nantis de la Ligue 1.

Goua Mahan Marc et ses coéquipiers perçoivent entre 150 et 300 mille Fcfa, mensuellement. Yssouf Diabaté compense ce déficit par une prime à la victoire évolutive. Celle-ci varie entre 50 et 100 mille Fcfa, selon les enjeux. Gagnoa, selon un de nos interlocuteurs, serait également l’un des rares clubs de l’élite à payer une prime pour un nul obtenu à l’extérieur « Ils perçoivent la moitié de la prime de victoire », explique un proche du président du Sporting.

Williamsville athletic club du président Koné Abackar se classe également parmi les salaires moyens du championnat de Côte d’Ivoire. Le club qui a fait venir le Marocain pour sauver l’équipe de la relégation paye des salaires qui oscillent entre 150 et 300 000 Fcfa, selon son président. La prime de victoire est cependant l’une des plus faibles, 40 000 Fcfa.

Avec une masse salariale qui s’élève à environ 6,2 millions de Fcfa par mois, l’Asi d’Abengourou paye entre 150 et 300 000 Fcfa. Les primes sont de 50 000 FCfa. « Elles peuvent monter jusqu’à 100 000 Fcfa », a indiqué l’entraîneur Firmin Koffi. Bouaké Fc, le club de la capitale du centre de la Côte d’Ivoire et 4e de la Ligue 1 après 18 journées, essaie également de suivre le rythme avec des salaires qui oscillent entre 120 et 250 mille FCfa.

Le leader de la ligue 1, la Soa devrait également s’inscrire dans cette veine. Nos tentatives de joindre le premier responsable de l’équipe sont restées vaines. « La plupart des joueurs sont jeunes. Je pense qu’ils ne doivent pas aller au-delà de 200 000 Fcfa », a expliqué Rigo Gervais, entraîneur du Stella club.

Les plus modestes

Enfin, il y a ces clubs qui préfèrent être plus réalistes, en fonction de leurs moyens. « Cela ne sert à rien de promettre 500 000 Fcfa à un footballeur alors que vous n’avez pas un budget de 100 millions de Fcfa. Chez nous au Racing, nous allons sur la base de ce que nous pouvons payer », a déclaré Cissé Lossogni, le président du Racing club d’Abidjan. Malgré notre insistance, il n’a pas voulu avancer de chiffre concernant les émoluments de ses athlètes. « Mes joueurs sont au-dessus du Smig », a-t-il ajouté.

A l’Afad par contre, Laurent Boli, le président délégué, n’y a trouvé aucun inconvénient à dévoiler les salaires de ses joueurs. Chez les Lions du Plateau également, on ne promet pas monts et merveilles aux joueurs. Les salaires partent de 60 000 Fcfa à 250 000 Fcfa. « Ce n’est pas facile mais nous avons des amis qui nous aident un peu », a expliqué Laurent Boli.

Au niveau des primes également, l’Académie de football Amadou Diallo est parmi les plus petits de la Ligue 1. 30 000 Fcfa pour la victoire. Une somme qui est payé parfois souvent au cumul, à la fin du mois. Des émoluments très mesurés que le dirigeant du club du Plateau explique: « Nous sommes une Académie et nous formons les jeunes. Quand ils sortent de la formation et ils intègrent l’équipe première, nous leur donnons 60 000 Fcfa comme salaire parce que c’est nous qui les prenons en charge durant leur formation ».

A l’Afad, ceux qui ont les plus gros salaires sont généralement les joueurs venus d’ailleurs. « Ils ont déjà des habitudes ailleurs qu’on ne peut pas rompre, mais tout cela dans la limite de nos moyens », a expliqué Laurent Boli.

Lanterne rouge de la Ligue 1 et au bord de la relégation, Moossou Fc est pratiquement logé à la même enseigne que l’Afad. Si, selon un membre du staff de l’équipe, les salaires oscillent entre 90 et 200 000 Fcfa, une source bien introduite révèle que les joueurs perçoivent des salaires dérisoires (50 000 Fcfa). « Les dirigeants compensent cela en logeant gratuitement les joueurs », a-t-elle expliqué. La prime de victoire, elle, est de 50 000 Fcfa.

Il faut préciser que les salaires dans le championnat national de Côte d’Ivoire se payent seulement au cours des dix mois que dure la saison. Les deux autres mois de l’année, les joueurs sont sans salaire et cela n’est pas du goût de certains d’entre eux. « C’est notre métier donc on aurait voulu être payé sur toute l’année. On doit se nourrir et payer notre loyer durant ces deux mois, bien qu’on soit sans salaire. Ce n’est pas facile », a expliqué Yann Zébré, le défenseur central de l’Africa Sports.

Source : fratmat.info