Enquête

Mali : ce que risquent les informateurs des armées opérant dans le Sahel

Article Enquête  |  Posté le : 01 Dcembre 2016 à 09:36:17  |   Pays : Mali     

​Les drones ne suffisent pas. Dans le Nord, les militaires français et les Casques bleus de la Minusma ont besoin d’informateurs locaux. Qui le paient souvent de leur vie.

Devant la caméra, dans une mise en scène savamment élaborée, deux hommes avouent leur « forfait ». Le premier, Mohamed Ould Boyhi, visage rond, barbe poivre et sel, raconte comment il a été approché par un officier français, un certain « Guillaume », et par son traducteur, « Redouane », dès le début de l’opération Serval, lancée en janvier 2013, et admet qu’il a été payé par l’armée française pour recruter des informateurs. Le second, Houssein Ould Bady, plus sec, barbe blanche, reconnaît qu’il a lui-même donné des informations aux Français, lesquelles leur auraient permis de trouver des caches d’armes et de « neutraliser » des combattants jihadistes.

Tous deux, dans un acte de repentance que l’on devine contraint, découragent ceux qui verront ce film de faire les mêmes « erreurs » qu’eux. Puis la sentence tombe : ils sont condamnés à mort pour trahison et espionnage. Images de déjà-vu : devant un parterre de villageois immobiles, dans un paysage désertique, les deux captifs, genoux à terre, sont passés par les armes par des bourreaux se tenant debout derrière eux, turban noir sur le visage et kalachnikov en bandoulière.

Propager la peur auprès des informateurs

Diffusée au début du mois de novembre par le canal de communication officiel d’Al-Qaïda au Maghreb islamique (Aqmi), Al-Andalus Media, la vidéo, intitulée Traîtres 2, vise un public précis : tous ceux qui, aux confins du désert, seraient tentés d’informer les ennemis du jihad – pêle-mêle, la France, la Minusma et les armées des pays de la région. Une première vidéo du même type, quoique plus brutale, intitulée Traîtres et dans laquelle deux Maliens et un Mauritanien étaient exécutés, avait déjà été diffusée en décembre 2015.

Dans les environs de Tombouctou, où les deux victimes, originaires du village d’Araouane, avaient disparu il y a trois mois, rares sont ceux qui ont vu la vidéo. Mais tous en ont entendu parler. « C’est comme ça que la peur s’installe, explique un dignitaire de la ville. Au début, on n’y prêtait pas attention. Mais les exécutions se sont multipliées. Et chacune d’entre elles est suivie d’un communiqué, d’une vidéo ou d’un tract. Le but recherché est clair : empêcher toute collaboration avec les forces étrangères. Les gens ont de plus en plus peur de parler aux soldats français ou aux Casques bleus, surtout dans les villages reculés. »

Source : jeuneafrique.com