Culture

La Case des arts: Aniaba, le prince noir d’Assinie chez Louis XIV, le roi-soleil !

Article Culture  |  Posté le : 26 Octobre 2016 à 08:58:57  |   Pays : Côte d'Ivoire     

​Dans son agenda revisitant des pans insoupçonnés mais ô combien riches de l’histoire, l’espace culturel cher à Dr Denise Kacou- Koné, a présenté une fresque sur le 1er Africain en Europe.

L’espace culturel ''La Case des arts'' de Cocody-Danga à Abidjan, a refusé du monde, ce mardi 25 octobre 2016, dans le cadre de son programme visant à (re) faire découvrir les grandes figures et les grandes périodes de l’histoire de l’Afrique, parfois oubliées ou mal connues. Et pour cause, par le biais d’une fresque fort réussie, il s’agissait de revenir sur les traces du prince Aniaba d’Assinie qui fut le premier négro-africain à vivre en France (en Europe) et de surcroît, le premier officier de l’armée française, mousquetaire de Louis XIV, le roi-soleil !

Comme un conte, le premier tableau de la fresque aurait pu débuter par la formule consacrée, « Il était une fois… », à laquelle Loba Koutouan dit Papi dans le rôle d’Aniaba mais aussi en narrateur éloquent et à la force interactive avec le public, mais que nenni ! Car, là on est dans l’histoire qui se jalonne de faits réels.

Ainsi, à l’aune des lectures et témoignages dont ceux du Pr Henriette Dagri Diabaté, historienne de renom et actuelle Grande chancelière de l’Ordre national de Côte d’Ivoire, tous ont pu s’abreuver au nectar de vie, d’ambition et d’esquisse printanière des relations internationales entre l’Afrique et l’Occident.

Avec à la clé, un décor, des costumes et autres accessoires qui replongent dans la réalité d’antan. Sans compter avec les musiques d’ici et d’Europe, qui en rajoutent à l’atmosphère quasi-exploratrice. Au niveau du sujet et de la trame actancielle, il faut rappeler qu’Aniaba était le fils de la princesse Ba et d’un chef ehotilé, il fut adopté par le frère du roi d’Assinie. Sa venue en France est liée à l’arrivée en côte d’Ivoire, en 1687, de deux négriers Français : le chevalier d’Amon et le Palois Jean-Baptiste du Casse, directeur de la Compagnie du Sénégal.

Deux ans après la promulgation du Code noir, qui devait dessiner les horizons originels de la colonisation, en passant par la Traite négrière, après le Traité de Berlin, ces négriers viennent prendre contact avec le roi Zéna pour développer la traite, suite à la création, en 1684, de la Compagnie de Guinée. L’idée des deux affairistes est de ramener avec eux un jeune prince – ou du moins un jeune homme astucieux qui puisse tenir ce rôle – afin de décider le roi à les aider et pour faire de cet Africain un allié utile dans l’expansion ultérieure de leur commerce.

Aniaba, accompagné de son cousin Banga, arriva en mai 1688 à La Rochelle et, de là il passa à Paris. Au début, sa présence fut discrète. Mais sa brusque conversion religieuse – peut-être orchestrée pour pousser Louis XIV à investir en Guinée – et qui aurait été occasionnée par une visite de Notre-Dame-de-Paris, fut très remarquée. Aniaba fut dès lors l’objet de toutes sortes d’attentions. En 1691, il fut baptisé par Bossuet dans l’église des missions étrangères avec le prénom de son royal parrain, Louis.

Bénéficiant de la protection, évidemment intéressée, d’un roi auquel il est présenté, « Louis-Jean » Aniaba obtient une substantielle pension et l’année suivante un brevet d’officier dans un régiment de cavalerie, ce qui, pour un Africain en France, est certainement sinon une première, du moins quelque chose de peu courant. Banga reçoit également un brevet et devient sous-lieutenant, en garnison à Gravelines, Bergues, Marsal et Tournai. On crée même en l’honneur d’Aniaba, le 12 février 1701, l’ordre de chevalerie de l’Étoile-Notre-Dame.

Mousquetaire, dandy et comploteur…

Au printemps 1701, après la mort du roi Zéna Niamké, un navire fut affrété en urgence par Louis XIV pour qu’Aniaba puisse monter sur le trône et favoriser la Compagnie de Guinée. Aniaba et Banga repartent, après 13 années passées en France. Mais à l’arrivée, Aniaba déçoit : un roi est déjà sur le trône. Personne ne s’intéresse à lui.

Il a été dit qu’Aniaba, se dépouillant de ses oripeaux européens et abjurant le christianisme pour retrouver le culte animiste, aurait alors fait preuve d’une ingrate et cinglante ironie vis-à-vis de ceux qui avaient misé sur lui pour développer colonisation de l’Afrique.

Le portrait d’Aniaba, peint par Oudart-Augustin Justina, où il est représenté en compagnie de Louis XIV et de Bossuet a été perdu…

Source : fratmat.info