Santé

Je félicite la Côte d'Ivoire pour son engagement à réduire la mortalité maternelle

Article Santé  |  Posté le : 06 Janvier 2020 à 16:02:39  |   Pays : Côte d'Ivoire     

​Gaspar Peek, Représentant résident du Fnuap en Côte d'lvoire : 
« Je félicite la Côte d'Ivoire pour son engagement à réduire la mortalité maternelle » 
Dans cette première interview à un média ivoirien, le citoyen néerlandais arrivé en juillet à Abidjan évalue la coopération entre le Fonds des Nations unies pour la population et le gouvernement. 

Le Fonds des Nations unies pour la population est l’agence directrice des Nations unies en charge des questions de santé sexuelle et reproductive. Quelle est votre vision du rôle de cette organisation en Côte d'lvoire ?
Ce que nous faisons en Côte d'lvoire est surtout axé sur l'autonomisation de la femme. Les femmes font face à beaucoup de difficultés dans le domaine de la santé, de l'éducation, du travail, etc. Elles ne sont pas non plus présentes dans plusieurs secteurs. Souvent, elles n'ont pas le pouvoir de négocier, de prendre leur place dans la société. Nous travaillons à fond sur ces questions. Nous travaillons également sur le maintien des filles à l'école. Parce que l'éducation est une voie principale pour que la femme puisse se développer entièrement, et avoir moins d'enfants. On sait bien qu'une femme qui a 5 ou 6 enfants, n'aura vraiment pas le temps de s'occuper de leur éducation. 

Peut-on considérer qu’il s'agit là de votre principal axe d'intervention en Côte d'lvoire ? Sur quels axes stratégiques intervenez-vous également ? 
Nous travaillons surtout sur la santé de la reproduction. Cela veut d retour simple- ment Ie droit des personnes de décider librement en ayant accès aux m0yens nécessaires pour pouvoir choisir le nombre d'enfants qu'elles désirent. 
En Côte d'lvoire, en moyenne une femme a 4,8 enfants. En fait, quand on demande aux femmes combien d'enfants elles veulent, on se rend compte que le nombre est en-deçà de 4, B. On nous parle de 3,8. Il y a donc un écart dû au lait que les femmes ne peuvent pas prendre de décisions. Il y a aussi le fait que les hommes n'ont pas accès aux méthodes de planification. Pour nous, c'est un défi important. Par ailleurs, nous voyons qu'en Côte d'lvoire, presque 1 million d'enfants naissent chaque année. Ce qui veut dire qu'il y a le besoin de soins de santé, d'écoles. Donc, il faut s'occuper de ces enfants. Cela est une préoccupation dans un pays où il y a déjà un taux important de mortalité maternelle. Et comme il y a beaucoup de bébés, d'accouchements, beaucoup de femmes meurent à la suite des accouchements. 

Quels sont les problèmes spécifiques liés à la planification familiale et à la santé de la reproduction que vous aviez identités en Côte d’lvoire ? Quelles solutions préconisez-vous pour y faire face ? 
En Côte d'lvoire, 18% des couples utilisent une méthode de planification. Ce chiffre est bas face aux pays comme le Burkina Faso ou le Ghana. C'est dire que toutes les femmes n'ont pas accès aux méthodes de planification familiale. Une situation qui est due au manque d'information. Dans les centres de santé, les méthodes existent, mais ne sont pas toujours disponibles, et souvent les maris décident d'avoir un enfant de plus, puisque la femme ne prend pas de décision. Dans les zones les plus reculées, les femmes n'arrivent pas dans les centres de santé à temps. Si la mère pré- sente une complication, par exemple les fistules, souvent elle arrive trop tard au centre de santé. Elle meurt. Ajoutons à cela les mariages précoces qui sont un obstacle pour améliorer la santé de la reproduction des femmes en Côte d'lvoire. 

Depuis votre prise de fonction en juillet dernier, avez- vous le sentiment que le gouvernement se penche sur cette question ? 
Y a-t-il des avancées no- tables dans ce domaine ? Il n'y a pas de manque de volonté. Il existe une loi qui pénalise le viol, les violences sexuelles... Le gouvernement fait son possible. Les centres de santé sont là, il y a la planification familiale. Le souci qui se pose, c'est la qualité du staff. Quand on regarde le personnel de santé, la plupart ne sont pas formés comme il se doit. Il est difficile pour eux de traiter des cas de santé compliqués. Même si les soins sont gratuits, les femmes ne viennent pas régulièrement aux visites prénatales.
 
Comment qualifieriez-vous la collaboration avec le gouvernement ivoirien ? 
Nous avons une excellente collaboration. Ensemble, nous nous sommes battus contre les violences faites sur le genre. En Côte d'lvoire, il y a 72 plateformes multisectorielles partout dans le pays avec le gouvernement, pour combattre la violence basée sur le genre. Ce sont des plateformes assez efficaces, qui prennent en compte les forces de police, les travailleurs, les tribunaux. Grâce à ces plateformes, Ie taux des mariages forcés a diminué, des parents sont devant les tribunaux. Nous sommes entrés dans un processus pour améliorer le système de santé maternelle, nous le faisons avec le gouvernement, et nous apportons l’appui technique aux 240 centres de santé maternelle dans le pays, pour assurer des soins et suivi de qualité, les intrants médicaux aussi.
Comment atteindre tes objectifs préconisés par la Conférence internationale sur la population et te développement (CIPD) ? Lors de la conférence de Nairobi marquant les 25 ans de la CIPD, la Côte d'lvoire a annoncé avoir pris des dispositions pour atteindre ces objectifs en 203t. L'Unfpa accompagnera-t-elle la Côte d'lvoire pour y arriver ?
Tout à fait. 1 85 pays présents à Nairobi notamment la Côte d'lvoire ont pris des engagements. Le pays s'est engagé à réduire la mortalité maternelle qui est autour de 614 femmes qui meurent chaque année pour 100 mille naissances vives par an. ll y aura une réduction importante d'ici 2030, c'est un engagement solennel, un engagement sérieux. Il en est de même pour ce qui est des mariages forcés, des violences faites aux femmes, de l’accès des couples aux services de la planification familiale, des jeunes aux centres de Vih/Sida. On voit les engagements, la volonté politique ferme, qui est aussi accompagnée par le budget de l'Etat pour traduire cela dans les faits d'ici 2030. Et la société civile est prête à agir pour faire de ces engagements une réalité. 

Quels partenaires vous accompagnent dans ce combat ?
Nous travaillons avec le gouvernement, le ministre du Plan, de la Santé, de la Jeunesse, la Solidarité et la Cohésion sociale. Nous recevons des appuis des bailleurs de fonds surtout de la Corée, du Canada, la Banque mondiale, la Banque africaine. Nous travaillons avec les ONG, le secteur privé et des compagnies de téléphonie. C'est vrai que le gouvernement peut taire beaucoup d'investissements, mais c'est à chacun de nous de prendre conscience. 

Quelles sont les actions prévues pour 2020 ?
En 2020, nous travaillerons sur le recensement de la population. Nous avons été retenus par le gouvernement comme conseillers techniques principaux. Nous sommes aux côtés du gouvernement pour faire de cela une réalité. C'est important pour la prise de décisions dans nos pays, pour le gouvernement et pour le secteur privé. A part cela, nous continuerons notre travail sur la fistule obstétricale, nous savons qu'il y a des milliers de femmes qui ont cette maladie. Nous serons à fond sur ce projet avec l'assistance de la Corée, ensuite nous avons un grand projet avec le gouvernement du Canada, sur le maintien des filles à l'école. 

Comment viviez vos premiers mois en Côte d'lvoire ?
Je suis là depuis 5 mois, mais c'est comme si j’étais présent en Côte d'lvoire depuis 5 ans. Je vis dans ce pays, avec un peuple chaleureux et accueillant. Comme on le dit, je vis l'Akwaba.
 
Source : Fraternité Matin