Santé

En Côte d’Ivoire, les hommes à l’assaut du métier de sage-femme

Article Santé  |  Posté le : 23 Octobre 2019 à 11:32:05  |   Pays : Côte d'Ivoire     

​À partir de 2022, les hommes pourront enfin, comme les femmes, prétendre au métier de sage-femme en Côte d’Ivoire. Le concours national d’entrée leur est désormais officiellement ouvert. Mais déjà, Jean-Charles Wognin, 28 ans, formé en France, exerce la profession depuis cinq ans. Portrait d’un maïeuticien engagé.
Bien qu’ayant tardé, le décret d’application de la loi du 6 novembre 2013 ouvrant aux hommes une profession depuis toujours dévolue aux femmes – maïeuticien – en Côte d’Ivoire a finalement été adopté en 2019.

De fait, en zones rurales, certains infirmiers ou bénévoles pratiquaient déjà depuis longtemps des accouchements. Mais, en octobre, le concours d’entrée à l’Institut national de formation des agents de santé (INFAS) pour la formation des sages-femmes a été officiellement ouvert aux hommes.

Cette décision, l’Ivoirien Jean-Charles Wognin l’appelait de tous ses vœux depuis plus de deux ans, lui qui exerce le métier depuis 2014, d’abord en France et maintenant en Suisse.

Jean-Charles Wognin est d’avis que l’incorporation de maïeuticiens dans les centres de santé ne devrait pas poser de problème puisque dans le pays, il y a de nombreux gynécologues hommes qui sont des professionnels de la périnatalité très bien acceptés par les populations.

Un parcours brillant jusqu’à la faculté de médecine

Au départ, Jean-Charles Wognin, le jeune maïeuticien et fier de l’être, populaire sur les réseaux sociaux en Côte d’Ivoire, rêvait d’être cardiologue.

C’est le 29 mai 1991, au centre hospitalier universitaire de Treichville, une commune du sud d’Abidjan, qu’il voit le jour. Ses parents se séparent lorsqu’il a deux ans. Jusqu’à l’âge de douze ans, il vit avec son père qui décède des suites d’une infection cérébrale. Il est alors recueilli par sa grand-mère maternelle qui l’élève comme son propre fils.

Sans la moindre hésitation, Jean-Charles Wognin affirme que sa foi en Jésus-Christ est «le pilier de sa vie et ce qui sous-tient et sous-tend ma personnalité». À côté, d’autres piliers comme la famille, son épouse et son noyau d’amis, qu’il garde intrinsèquement inchangé depuis l’enfance, contribuent à faire de lui l’homme qu’il est.

Lorsqu’il a commencé ses études universitaires, il avait adressé une prière à Dieu: celle de rencontrer son épouse avant de les terminer car, confie-t-il, il savait qu’une fois entré dans la vie active, il «aurait besoin de stabilité émotionnelle pour affronter, plus fort, les difficultés et défis qui se présenteraient». Une promesse exaucée puisque, le 14 mai 2016, il épouse Romina Jäggi (Suissesse) dont il a fait la connaissance le 27 octobre 2012, en quatrième année d’études.

Depuis son entrée en maternelle à l’âge de deux ans jusqu’à l’obtention du baccalauréat scientifique à seize ans, Jean-Charles Wognin a vécu une scolarité brillante à Abidjan. Il a cependant connu son premier échec scolaire en première année de fac de médecine, en 2009, à Montpellier, en France. L’année suivante, il repasse, plus déterminé que jamais, le concours de médecine.

Il parvient à atteindre son objectif mais, à l’issue du concours, son classement, en plus de ne pas lui permettre de poursuivre son rêve de faire médecine pour devenir cardiologue, ne lui laisse le choix qu’entre l’odontologie, la maïeutique, la podologie et la biologie.

Devant cette situation qui était loin d’être celle qu’il espérait, il a été tenté d’arrêter le processus là et d’aller s’essayer au concours des soins infirmiers pour devenir infirmier anesthésiste. Après en avoir parlé à sa mère, celle-ci l’a encouragé à choisir l’option maïeutique.

Naissance d’une vocation

Jean-Charles Wognin commence à se renseigner sur le métier et se laisse tenter. Il se produit alors un fait qui le marque et le convainc définitivement qu’être maïeuticien est sa voie.

En automne 2010, c’est son premier stage en salle de naissance et sa première garde de nuit. La sage-femme présente l’invite à suivre l’interne au bloc opératoire. Une fois-là, il observe, subjugué, la scène qui s’offre à ses yeux, depuis un coin de la pièce.

Finalement, après cinq années de formation, il est, en juin 2014, diplômé d’État de maïeutique de la faculté de médecine de Montpellier. D’abord maïeuticien titulaire à l’hôpital privé d’Athis-Mons (ville située en Île-de-France, à environ 20 km de Paris) à partir de septembre 2014, il exerce depuis 2018 au Centre hospitalier universitaire vaudois de Lausanne, où il est installé avec son épouse.

Il est par ailleurs diplômé en gynécologie préventive et contraception, ainsi qu’en échographie gynécologique et obstétricale.

La profession de sage-femme est une profession médicale à part entière, avec des compétences définies. Un sage-femme est un professionnel de santé qui jouit du droit de prescription (de délivrer une ordonnance) et qui est spécialisé dans la périnatalité, c’est-à-dire qui assure tout le suivi de la grossesse, la prise en charge du travail et de l’accouchement, puis la prise en charge et les soins du nouveau-né jusqu’à l’âge d’un an.

Plus généralement, ces dernières années, les actes pratiqués par les sages-femmes s’étendent à toute la vie de la femme en âge de procréer. C’est-à-dire au planning familial, la contraception, le suivi gynécologique classique, le dépistage du cancer du sein et des lésions précancéreuses du cancer du col de l’utérus.

À ce jour, de nombreuses études démontrent que le lien mère-enfant, l’allaitement, le déroulement de la grossesse ont un impact significatif sur l’apprentissage scolaire, la vie d’adulte, le taux de criminalité et plusieurs paramètres similaires. Toutefois, comme le souligne le sage-femme, «en dehors de quelques poches en Occident, la grande majorité de l’humanité a besoin de sages-femmes qualifiés et ne disposent pas de soins adéquats». Une réalité qui est particulièrement vérifiée en Afrique

De cette prise de conscience lui naît l’idée de s’engager personnellement pour le recul de la mortalité maternelle et infantile en Afrique. C’est ainsi qu’en 2016, soit deux ans après la fin de ses études, il crée une association dénommée le Réseau Ivoire Pro Santé (RIPS) avec des amis et collègues. Dans la même veine, il initie des campagnes de prévention sur les réseaux sociaux, à destination des femmes, afin de les sensibiliser et de leur apporter des «infos de santé justes et nécessaires, pour qu’elles puissent être des actrices de leur santé».

Jean-Charles Wognin estime que pour mener à bien son projet de réduire la mortalité maternelle et infantile, il lui est «indispensable de militer en politique».

Depuis tout jeune, il s’intéresse aux débats politique et citoyen. Déjà, à partir, de dix ans, il suivait régulièrement le journal télévisé. Au lycée, il discutait inlassablement de politique avec des copains de classe. En cette période marquée par la rébellion armée qui divise la Côte d’Ivoire en deux parties depuis 2002, il est admiratif du «charisme, la verve et la pugnacité» de la deuxième personnalité de l’État, le président de l’Assemblée nationale Mamadou Koulibaly.

En 2015, il décide de s’engager à Liberté et démocratie pour la République (LIDER), le parti fondé en 2011 par Mamadou Koulibaly après son départ, à l’issue de la crise postélectorale de 2010-2011, du Front populaire ivoirien (FPI), le parti de Laurent Gbagbo.

Avec l’émergence de LIDER sur la scène politique, il «reprend progressivement goût à la vie politique ivoirienne». Il intègre d’abord en 2015 le bureau de la coordination de LIDER de Paris, puis est nommé en 2019 au cabinet du parti en tant que délégué national chargé de la Santé.

Au deuxième trimestre de 2018, il est invité par le parti à donner son avis sur des actions de santé à mener en Côte d’Ivoire. Il se met alors à travailler sur un projet de santé publique qui, à travers des «actions coordonnées, cohérentes et des budgets maîtrisés, sert l’intérêt général». Ce projet est finalement baptisé «Caravane de santé Mamadou Koulibaly».

Pour le jeune professionnel de santé engagé, il est important de tabler sur ces pathologies. Et à ses yeux, les actions de santé les moins coûteuses qui puissent être menées sont la prévention et le dépistage. C’est à l’issue de la première caravane de santé qu’il pilote que les autorités du parti lui proposent de diriger la délégation nationale de la santé, ce qu’il accepte avec plaisir. 
Tout comme le sociologue ivoiro-béninois Francis Akindès avec qui Sputnik s’est entretenu début octobre, Jean-Charles Wognin estime que «la société ivoirienne est malade».

Source : fr.sputniknews.com