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Colonisation au Cameroun: Emmanuel Macron demande à des historiens de «faire la lumière» sur l’action en France

Article Société  |  Posté le : 2022-07-27 11:53:23  |   Pays : France     

​En visite au Cameroun, le chef de l’Etat français a demandé à des historiens de «faire la lumière» sur l’action en France, pendant la colonisation et après l’indépendance du pays, ouvrant ainsi «en totalité» les archives françaises.

La transparence comme préalable au pardon? En tournée en Afrique centrale, le président français Emmanuel Macron a demandé, ce mardi, à des historiens de «faire la lumière» sur l’action de la France au Cameroun pendant la colonisation, au XXème siècle, et après l’indépendance de ce pays, le 1er janvier 1960. Actuellement en visite en Afrique subsaharienne pendant quatre jours, Emmanuel Macron a annoncé dans la foulée l’ouverture «en totalité» des archives françaises sur des «moments douloureux» et «tragiques».

«Je souhaite que nous puissions avoir et lancer ensemble un travail conjoint d’historiens camerounais et français», a dit Emmanuel Macron, lors d’une conférence de presse à Yaoundé avec son homologue camerounais Paul Biya, qui gouverne le pays d’une main de fer depuis près de quarante ans. «Je prends ici l’engagement solennel d’ouvrir nos archives en totalité à ce groupe d’historiens qui nous permettront d’éclairer ce passé», a-t-il dit. Et de renchérir: «Il convient d’établir factuellement» des «responsabilités». L’ouverture des archives pourraient honorer la mémoire des «combattants de l’indépendance», dont le site l’Opinion rappelle les noms ce mardi : «Ruben Um Nyobè, exécuté par l’armée française en 1958, ou encore Félix Roland Moumié, empoisonné par les agents du Service de documentation extérieure et de contre-espionnage (SDECE, ex DGSE) en 1960.».

Reconnaître «les crimes de la France coloniale»

Les liens étroits entre la France et le Cameroun remontent à la Première guerre mondiale. Après la défaite de l’Allemagne en 1918, la Société des Nations (SDN, ancêtre des Nations Unies) avait confié la majeure partie de la colonie allemande du Kamerun à la tutelle de la France et le reste, la partie occidentale bordant le Nigeria, à la Grande-Bretagne. Avant l’indépendance du pays en 1960, les autorités françaises ont réprimé dans le sang les «maquis» de l’UPC (Union des populations du Cameroun), un parti nationaliste fondé à la fin des années 1940 et engagé dans la lutte armée contre le colonisateur et ses alliés camerounais, particulièrement en pays Bamiléké. Plusieurs dizaines de milliers de militants pro-UPC, dont le leader indépendantiste Ruben Um Nyobè, ont été massacrés d’abord par l’armée française, puis après l’indépendance, par l’armée camerounaise du régime d’Ahmadou Ahidjo.

Lundi, un collectif de partis politiques camerounais a appelé Emmanuel Macron à reconnaître les «crimes de la France coloniale». «Nous avons un contentieux historique avec la France (...) Nous saisissons l’occasion pour réveiller les Camerounais par rapport au problème avec la France qui est de remettre tous les crimes de la France sur la table et le solder définitivement si on veut avoir une relation apaisée», avait déclaré lundi Bedimo Kuoh, membre du Mouvement africain pour la nouvelle indépendance et la démocratie (Manidem), lors d’une conférence de presse à Douala.

Privilégier le travail des historiens

Déjà, en 2015, un petit pas en faveur de la reconnaissance des crimes français commis au Cameroun avait été effectué. François Hollande avait concédé, au cours de la dernière visite d’un président français à Yaoundé, qu’il y avait «eu des épisodes extrêmement tourmentés, tragiques même». «Nous sommes ouverts pour que les livres d’histoire puissent être ouverts et les archives aussi», avait-il ajouté.

Pour un diplomate français, le discours sur cette période «nourrit une forme de défiance et de fantasmes» qui ternit l’image de la France. Il s’agit ainsi, avec l’annonce d’Emmanuel Macron, d’être «fidèle à la méthode que nous nous sommes fixés : ne pas rentrer dans une séquence politique avant que le travail des historiens n’ait été fait, comme nous l’avons fait avec le Rwanda et le rapport Duclert». Publié en mars 2021 et fondé sur l’analyse d’archives françaises, le rapport de la commission Duclert a conclu aux responsabilités «lourdes et accablantes» de la France dans le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994.

«Il faut réunir les conditions pour aller au bout de cette écriture de l’Histoire», a ajouté ce diplomate à propos du Cameroun, notamment en donnant un accès direct aux archives militaires et diplomatiques. L’entourage du président Emmanuel Macron a également fait le rapprochement avec le processus engagé sur la colonisation et la guerre d’Algérie depuis 2017, dont le rôle de la France est questionné dans le rapport de Benjamin Stora de janvier 2021.

Source : liberation.fr